Auteur : Philippe Natalini, l’enquêteur de Section de recherche en
Gendarmerie , devenu romancier pour raconter le débarquement de Provence
Cela se passait il y a 78 ans dans les montagnes
de l’arrière pays niçois.
Avec ses enfants, dont Jacques son fils, et quelques proches, Jean va ainsi créer le maquis de Laverq, plus tard appelé “le groupe Lorrain”, maquis qui prendra une part très active et prépondérante dans la lutte contre l’occupant nazi et dans la libération du département des Alpes maritimes.
Ci-dessous le témoignage d’un des premiers maquisards de ce groupe, relatant la marche et l’installation de ces braves jusqu’au premier site d’installation de leur maquis.
” Nous restons peu de temps à la Foux où nous ne nous sentons pas en sécurité. Les Allemands poursuivent leur chasse à l’homme, aidés par les collabos français. Nous passons sous la pluie, le 15 octobre 1943, les crêtes du haut Verdon, lourdement chargés.
Dans nos sacs quelques vêtements chauds, des lourds sacs de couchage et des vivres : nous avons tué et salé un mouton, qui, hélas, ne se conservera pas , et nous emportons un stock de mauvaises patates de l’armée italienne. Heureusement, nous avons aux pieds de bonnes chaussures cloutées de montagnards.
Arrivés à Plan- Bas, nous laissons une partie de nos vivres dans la grande maison forestière, qui, à cette époque, était en très bon état et bien meublée.
Nous nous posons la question de savoir si nous y installerons notre maquis.
Plan-Bas se trouve en effet à une heure de marche de la ferme de la famille Tron, la plus haute de la vallée.
Il est urgent maintenant de reprendre le contact avec la résistance de l’Ubaye. Aussi, après ce bref arrêt, nous descendons à «l’Abbaye du Laverq ».
Nous y trouvons les trois habitants, Faustin Collomb et ses deux sœurs, Marthe et Angèle.
Ils font volontiers table d’hôte pour les rares passants.
Nous ne parlons pas de nos intentions, qu’ils devinent sûrement.
Nous avons une grande impression de sécurité, l’Abbaye était loin de tout, perdue dans un grand massif montagneux.
Notre angoisse est d’autant plus apaisée qu’ils nous servent un succulent repas, produit de la ferme, rarissimes à l’époque, pain blanc maison, le tout servi dans une délicieuse petite salle voûtée, avec meubles rustiques faits main.
Faustin loue les chambres, mais nous nous contentons du foin de la grange.
Le lendemain, Jean et Jacques Lippmann vont avec Joseph Gilly reprendre contact avec le capitaine Car.
À leur retour, après 48 heures, nous commençons à organiser le maquis du Laverq. Nous saurons que nous avons été pris en charge –nourriture, vêtements, logement, équipement, armes – par l’ORA de Barcelonnette.
La grande aventure va commencer.
Malgré le froid, l’humidité, les privations, le logement sommaire, nous sommes heureux.
Jean Lippamnn prend la direction de la petite troupe.
Nous sommes sept au début, l’effectif grossit progressivement.
Le maquis du Laverq constituera peu à peu une force de combat et un point de ravitaillement.
“Et pour connaître parfaitement l’histoire de ce maquis et le parcours de la famille Lippmann, je vous conseille vivement la lecture du magnifique livre “Du ghetto au Maquis” de Mireille Provansal, petite fille de Jean Lippmann.
N’oublions pas…