Après le débarquement des Alliés dans le Var en août 1944, des troupes allemandes se replient sur la frontière italienne. Les forces françaises ne les délogeront qu’au printemps 1945, avec de violents combats sur l’Authion et dans la Haute-Ubaye.

Les combats de l’Authion constituent un épisode peu connu de la Libération.
Rares sont ceux qui se rappellent qu’en avril 1945, la vallée de la Roya, à
quelques dizaines de kilomètres de Nice, n’était toujours pas libérée alors
que les armées alliées accentuaient leur progression sur le territoire
allemand. Achever la libération du territoire national encore occupé par
l’ennemi, rétablir la France dans ses limites géographiques, linguistiques et
historiques, tels étaient les buts du général de Gaulle. L’enjeu des combats
sera l’avenir des habitants de Tende et la Brigue, mais la participation de la
1ère Division Française Libre donne à l’offensive une dimension encore plus
grande. Après cinq années de lutte aux côtés du général de Gaulle, des
Français Libres vont venger le “coup de poignard” porté par l’Italie fasciste
à la France en juin 1940.

Ceci c’est la version officielle , l’impression des interprètes de ce moment d’histoire est tout autre :

A l’annonce de leur dernière mission, voici le vrai ressenti des participants Français :

« Seuls, les cadres et les hommes de la D.F.L. ont du mal à cacher leur insatisfaction… Ils accusent le général de Lattre de Tassigny de s’être débarrassé des deux Divisions d’origine F.F.L., la leur et la 2ème D.B (expédiée à Royan) qui ne l’adulaient pas.”


Le capitaine BRISBARRE, commandant le Bataillon de Marche n° XI, traduit d’ailleurs très bien ce sentiment général :

“Lorsque la Division apprit sa désignation pour ce nouveau champ de bataille, ce fut comme une amère désillusion, une espèce de frustration. Nous pensions qu’entre tous, l’Allemagne était pour nous. C’était un rêve vieux de quatre ans.
Nous sentions la fin de la guerre proche et nous pensions que cette action était ridicule et sans objet.
Nous allions vers une mission qui nous semblait difficile à remplir : énormes difficultés de terrain que nous n’avions jamais connues, troupe pas ou peu instruite, en tout cas n’ayant reçu aucune instruction sur la guerre en montagne, très bien encadrée certes, mais par des cadres eux aussi inexpérimentés. Ajoutez que notre parc auto nous fut retiré et échangé par un échelon muletier, sans palefrenier, dont on ne savait que faire.

Le tableau ainsi présenté n’était pas réjouissant, mais nous avions une troupe au mordant, à l’allant magnifique…
Ce qui dissipa tous les nuages et nous redonna le moral dont les cadres avaient le plus besoin, furent les quelques mots que le général de Gaulle adressa aux cadres réunis au P.C. de la D.F.L. à Beaulieu, le 9 avril 1945 “. »

Le 8 avril, le chef du Gouvernement provisoire de la République française De Gaulle rencontre à Beaulieu sur mer l’état-major de la DFL, cherchant à convaincre ses vieux compagnons d’armes (privés de l’entrée en Allemagne) de l’intérêt de cette offensive secondaire : “Messieurs, je suis au courant des sacrifices que je vous demande. La campagne qui s’ouvre sera pénible, je le sais. Elle vous ouvrira les portes du Piémont et vous conduira au Tyrol. Tout ce que vous pouvez faire n’est pas inutile car vous me donnerez des arguments pour parler au nom de la France. Nous voulons reconquérir les frontières naturelles de notre pays. J’ai confié cette mission à la 1ère DFL”. Le lendemain, il annonce devant plus de 50.000 Niçois rassemblés sur la place Masséna l’offensive imminente : “Le vent de la Victoire souffle maintenant sur les Alpes, sur nos Alpes, sur vos Alpes et va les dépasser”.


Cité par le colonel Henri BERAUD. N° spécial : les combats de l’Authion. Journal de la Roya-Bevera n° 32 Juin 1995

“Fallait-il, pour mourir, se rapprocher des cieux ?
Pourquoi donc, à l’Authion, en ce printemps dernier
D’une guerre sans fin ? Pourquoi si grand charnier
Où périrent nombreux, nos frères… jeunes… vieux ?
Pourquoi mes chers amis, par un temps radieux,
Tant de sang à coulé ? On ne peut pas nier,
Qu’on pouvait sûrement, fixer dans son terrier,
Cet ennemi d’alors… en ses arides lieux !
Mais nous gênions beaucoup au terme du conflit ;

Il fallait : nous meurtrir… et tuer notre esprit,
Nous priver de cueillir, les lauriers des combats,
Par les Free Frenchs gagnés. Nul n’a pu faire mieux…
Et nous fûmes bien seuls à lutter… tels forçats…
L’Authion venait à point… pour immoler les Dieux !!”

Auteur : Maurice Gilles – Montpellier le 8 avril 1995
en mémoire des camarades tombés à l’Authion

l’Authion fut de tout temps un point de transit important pour la région et les combats ne manquérent pas :

Dans les Alpes-Maritimes, le Massif de
l’AUTHION présente un grand intérêt
stratégique : dominant les vallées de la
BEVERA et de la ROYA par lesquelles passe la
route du col de TENDE, l’AUTHION contrôle,
avec SOSPEL, la seule voie de passage vers le
PIEMONT.
De nombreuses batailles s’y sont déroulées
entre les armées françaises et sardes sous
l’Ancien Régime et la Révolution : en 1691,
1706 mais surtout entre 1792 et 1794.
En 1793, les Armées de la République aux
ordres du Général Français BRUNET, furent
bloquées par les forces sardes alliées aux
Autrichiens.
Le Général SERRURIER ne put dépasser la Cime
de TUEIS ; la stèle qui y est levée aux
volontaires de 1793 marque l’extrême avance
de nos forces. SERRURIER prendra sa revanche
en franchissant le Col de la LOMBARDE, où la
D.F.L. suivra ses traces fin avril 1945.
En 1794, le Général MASSENA, autre
commandant de l’Armée Révolutionnaire, dut
violer la neutralité de la République de GENES,
au Nord de VINTIMILLE, pour déborder
SAORGE sur la ROYA et menacer le Col de
TENDE afin de provoquer la retraite des Sardes
occupant l’AUTHION et les contraindre à
repasser le MERCANTOUR par le Col de la
FINESTRA, le 29 avril.
En 1860, lors du rattachement du Comté de
NICE à la France, l’Italie a conservé la partie
supérieure de la vallée de la ROYA avec TENDE
et la BRIGUE. De plus, elle possède la ligne de
crêtes à l’abri de laquelle ses troupes peuvent
effectuer leurs mouvements sans être vues.
Cet avantage stratégique lui permettant de
menacer directement FONTAN, SAORGE, BREIL
et même SOSPEL.

Parmi les derniers témoins des combats d’infanterie
conduits par les Bataillons de Marche et de la
Légion, qui enlevèrent en quelques jours ces
derniers points de résistance au prix de lourdes
pertes, le silence ou la gêne persistent encore
aujourd’hui, recouvrant pudiquement des
souvenirs par trop douloureux.

Au total, les combats libérateurs ont coûté 273 tués, 728 blessés et 12 prisonniers à la 1ère DFL et 14 tués, 24 blessés et 44 prisonniers au 3ème RIA. En face, 121 tués, 482 blessés et 242 prisonniers à la 34ème ID de la Wehrmacht, 5 tués, 16 blessés et 155 prisonniers à la division fasciste-républicaine Littorio. 

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