Elle forme avec les deux autres abbayes cisterciennes de Provence, Sénanque et Silvacane, cette trilogie à qui le joli nom de « nos trois petites sœurs provençales » a été décerné.

C’est en 1146 que des moines venus de Tourtour pour trouver de l’eau, découvrirent ce site. La règle de saint Benoît leur imposait de vivre dans un état d’humilité, de pauvreté et d’équilibre entre le travail et la prière. Les cisterciens recherchent le silence, ils travaillent de leurs mains, cultivent la vigne et l’olivier. A partir du XIVe siècle, les règles se relâchent. L’effectif des moines diminue. Sous la Révolution, ils sont chassés, l’abbaye est laissée à l’abandon, elle sert de carrière de pierres aux villageois qui viennent y chercher des matériaux pour construire leur maison.

Un endroit chargé d’histoire :

” La visite de cette abbaye considérée comme “la merveille des abbayes cisterciennes”

est à conseiller à tous les amateurs d’histoire, un très bel endroit ! “

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Prosper Mérimée sauve l’abbaye en la signalant à l’architecte des Monuments historiques. Le déclin est enrayé, la restauration commence. Certains bâtiments ont complètement disparu – la cuisine, le scriptorium, le réfectoire des moines. Fort heureusement, l’église, le cloître, la salle capitulaire, le cellier et le dortoir des moines sont intacts. L’église, en forme de croix latine à une nef, possède une acoustique exceptionnelle, adaptée à la mise en valeur de la voix humaine et à la résonance du chant grégorien. Le son se transmet d’une extrémité à l’autre sans aucune déperdition ni déformation. L’abbaye constitue le plus beau spécimen de l’architecture romane provençale à son apogée, par l’harmonie de ses proportions, l’équilibre des masses, la perfection de l’ajustage des pierres assemblées avec soin.

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La forme trapézoïdale du cloître a suscité bien des interrogations. S’agit-il d’une simple adaptation à la topographie du terrain, ou doit-on y voir une configuration chargée de symboles, une signification ésotérique ? Dans le jardin intérieur du cloître, le lavatorium, bassin de pierre hexagonal alimenté par seize becs, servait aux ablutions des moines.

“Une visite fort intéressante. Il est recommandé de prendre la visite guidée qui permet de découvrir des points qui n’auraient pas été remarqués en individuel. La guide a très bien expliqué les restaurations effectuées au cours de années, en fonction des nombreuses dégradations subies.
L’acoustique de l’église est remarquable.
L’isolement du site est propice à la méditation, mais l’accès est cependant à présent facile par la route.”

En 1964, l’architecte Fernand Pouillon imagine, dans son roman Les Pierres sauvages, un récit de la construction de l’abbaye au XII e siècle, sous la forme du journal du premier père prieur de l’abbaye. Son personnage, « le maître d’œuvre de l’abbaye », exprime de manière très vivante l’émotion que procure la vue des pierres utilisées dans la construction :

« La plupart des pierres seront traitées rudement, grossièrement : nous gagnerons du temps. Le soleil accrochera les facettes, les éclats, et fera précieuse la matière scintillante. Les angles, les joints dressés, ciselés, deviendront les pures arêtes, définiront le filet de la maille élémentaire, par la discrète diversité des fins appareillages que nul mortier apparent n’insensibilisera (…) Voilà pourquoi je ne veux pas la bâtir, l’engluer de chaux ; je veux lui laisser un peu de liberté, sinon elle ne vivrait pas. »

L’harmonie et la pureté de l’abbaye sont frappantes. Elle est construite à partir de la notion même de simplicité :

« Il n’est de vertu plus indispensable à nous tous que celle de l’humble simplicité. »

Saint Bernard

De la fondation au déclin de l’abbaye

L’abbaye du Thoronet a été fondée au XIIe siècle en Provence, pour une communauté de vingt moines seulement, sans compter les frères lais, à une époque où celle-ci relevait du Saint-Empire romain germanique sous l’autorité de Frédéric Ier Barberousse (1152-1190). L’empire s’étendait alors de la Bohême au Rhône. Le Thoronet constitue la première présence cistercienne dans cette région

Mais avant de fonder l’abbaye du Thoronet, c’est de l’abbaye de Mazan (Ardèche) que Paulin, son premier abbé, et 12 moines installent une communauté, le 14 avril 1136, sur la commune de Tourtour, qui prit le nom de l’Abbaye de Florièyes , à une journée de marche au nord-ouest de l’actuel site du Thoronet. Cette première implantation a lieu grâce au don d’une partie des terres de la famille de Castellane. Malgré d’autres dons importants en terrain, la nouvelle communauté installée à Notre-Dame de Florièyes ne trouve pas les conditions idéales à son développement et décide alors de se déplacer sur une des terres qu’elle possédait déjà et qui lui avait été léguée par le catalan Raymond Bérenger, comte de Provence. La charte de donation est datée du 18 des calendes d’avril 1146.

Le premier acte de fondation de 1157 marque l’abandon définitif du site de Notre-Dame de Florièyes qui devient un simple prieuré, pour le massif de l’Urbac dans la forêt de la Darboussière au sein de la seigneurie de Séguemagne , lieu d’implantation de la nouvelle abbaye.

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Les hommes du Temple cultivaient un grand nombre de terres, soit qu’elles aient été leur propriété, soit qu’elles aient appartenu aux moines cisterciens du Thoronet qui se posaient ainsi en suzerains des Templiers. Lors de la suppression de l’ordre en 1312, la quasi-totalité des biens du Temple à Lorgues revinrent aux cisterciens du Thoronet.

L’abbaye ne tarde pas à connaître la prospérité à la suite des nombreuses donations qui affluent, notamment de la part des seigneurs de Castellane. Jusqu’au milieu du XIIIe siècle, les donations permettent à l’abbaye d’organiser son économie autour de l’agriculture et de l’élevage. Au XIVe siècle, le Thoronet, comme bien d’autres abbayes cisterciennes, connaît peu à peu le déclin. Les révoltes internes puis plus tard les guerres de Religion entraînent la défection des moines de l’abbaye qui, en 1787, est rattachée à l’évêché de Digne-les-Bains. Pendant un siècle environ une vingtaine de moines y vécurent mais, à la Révolution, il ne restait plus que sept religieux dans un état voisin de la misère, puisque l’un deux écrit que « la maison est plus propre à servir d’écurie qu’à y loger. »

En 1791, on assiste au départ des six derniers moines et l’abbaye est vendue comme bien national à des particuliers qui y installent des étables et des granges. Vendue pour 132 700 francs, puis à nouveau délaissée, elle est rachetée par l’État en 1854. Grâce à l’intervention de Mérimée, elle échappe à la ruine. Depuis, les travaux de consolidation et de restauration se sont succédé. Ils étaient devenus d’autant plus indispensables que l’abbaye souffrait de l’exploitation de la bauxite à proximité.

La vie à l’abbaye

De plus, les ressources matérielles de l’abbaye lui assurent une place importante dans le marché commercial de la région. Ces ressources se situent parfois loin de l’abbaye et les frères convers ont la charge de leur exploitation. L’abbaye du Thoronet possède en effet les marais littoraux de Marignane, au bord de l’étang de Berre, ou encore ceux de Hyères qui permettent la production de sel. L’activité de pêche se fait à Martigues, Hyères et Sainte-Maxime. Le produit de cette activité représentant une part plus importante que la consommation propre de l’abbaye, une partie est vendue directement sur les marchés locaux.

La grande spécialité du Thoronet, c’est surtout l’élevage. Les animaux fournissent à la fois de la viande qui n’est pas consommée par les frères puisque ceux-ci ont un régime végétarien, et de la peau qui est utilisée pour la confection des parchemins , faits essentiellement en peau de mouton. Ceci est très important pour l’abbaye puisqu’elle possède un Scriptorium comme dans Kaamelott !

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